Sécurité de l’IA
Anthropic affirme que des utilisateurs au Yémen ont tenté d’utiliser Claude pour des logiciels de missiles
Un reportage d’AP et le rapport d’Anthropic décrivent une tentative d’usage de Claude Code dans le développement d’armes avancées.
Les dernières révélations d’Anthropic placent le débat sur les usages abusifs de l’IA dans un terrain très concret: la technologie militaire. Associated Press a rapporté le 12 septembre que des utilisateurs situés dans le nord du Yémen contrôlé par les Houthis avaient tenté d’utiliser Claude pour soutenir le développement de missiles avancés. Anthropic dit avoir identifié et bloqué les comptes concernés. L’entreprise ne prétend pas qu’une arme opérationnelle ait été déployée, mais elle décrit un travail sur des logiciels de guidage, de navigation et de contrôle, ainsi qu’un essai raté de roquette guidée.
Le cas figure dans le rapport de renseignement sur les menaces publié par Anthropic en septembre 2026, qui couvre des enquêtes menées entre décembre 2025 et août 2026. Selon le rapport et AP, les acteurs poursuivaient trois programmes d’armement, dont un missile multivariante pouvant recevoir différents types d’ogives et de systèmes de guidage, un concept de vol plané hypersonique et une ogive utilisant du matériel de téléphone mobile pour manœuvrer en vol. Anthropic indique que les utilisateurs ont employé Claude Code à la place d’ingénieurs logiciels humains pour certaines tâches et avaient construit une boîte à outils de simulation hors ligne avant la fermeture des comptes.
Un détail rend l’affaire particulièrement tangible. Anthropic affirme avoir su qu’un essai avait échoué parce que les utilisateurs sont revenus demander à Claude pourquoi la roquette n’avait pas fonctionné. Cela ne prouve pas que les Houthis disposent de la base industrielle nécessaire pour produire de véritables systèmes hypersoniques, et des experts cités par AP restent sceptiques. Mais l’épisode compte parce que l’IA peut réduire le coût de l’expérimentation pour des groupes qui possèdent déjà drones, roquettes, électronique et connaissances militaires accessibles publiquement.
Les Houthis ont nié dépendre de sources ouvertes pour développer leurs capacités militaires. Des analystes régionaux estiment toutefois que leur sophistication technique est souvent sous-évaluée. Dans un contexte de tensions autour de la mer Rouge et du détroit de Bab el-Mandeb, toute amélioration d’armes longue portée ou antinavires prend une portée internationale.
Pour les entreprises d’IA, ce cas illustre la difficulté de contrôler des modèles capables d’écrire du code, de construire des simulations et d’organiser des documents techniques. Ces mêmes fonctions aident l’ingénierie légitime, mais peuvent accélérer certaines étapes de projets dangereux lorsqu’elles sont utilisées par des acteurs disposant de ressources physiques. Anthropic affirme avoir partagé ses conclusions avec des partenaires publics et privés et les avoir intégrées à ses garde-fous. La sécurité de l’IA de frontière devient ainsi indissociable de la sécurité géopolitique.